
Et si ce n’était pas un problème de volonté, mais de régulation ?
Les addictions occupent aujourd’hui une place centrale dans nos sociétés.
Substances, écrans, alimentation, sensations fortes, travail, sport, sexe… Elles prennent des formes multiples et concernent des profils de plus en plus variés.
Pourtant, malgré la multiplication des discours de prévention, des injonctions à “arrêter” et des réponses thérapeutiques, les résultats restent souvent décevants.
Pourquoi ?
Parce que l’addiction est encore largement mal comprise, aussi bien par le grand public que par de nombreuses personnes qui en souffrent.
Un regard encore trop moral sur l’addiction
L’addiction est fréquemment perçue comme :
- un manque de volonté,
- un comportement problématique à corriger,
- un mauvais choix personnel.
Cette lecture, bien que répandue, est profondément réductrice.
Elle culpabilise, isole et empêche souvent les personnes concernées de demander de l’aide.
Surtout, elle passe à côté de l’essentiel.
Le point clé à comprendre
Une addiction est une tentative intelligente mais coûteuse de réguler quelque chose d’insupportable dans le corps ou dans le lien.
Autrement dit, ce n’est pas un dysfonctionnement absurde, mais une stratégie de survie mise en place par le système nerveux lorsqu’aucune autre solution n’est disponible.
Selon les personnes et les histoires de vie, l’addiction peut servir à :
- s’anesthésier (alimentation compulsive, drogues, écrans),
- se sentir vivant (sensations fortes, prises de risque),
- se calmer (alcool, sucre, cannabis),
- se remplir lorsque le lien à l’autre ou à soi-même fait défaut.
Vue sous cet angle, l’addiction n’est plus un “mauvais comportement”, mais une réponse adaptative devenue envahissante.
Pourquoi ce changement de regard est fondamental
L’addiction n’est pas un échec moral.
C’est souvent la meilleure solution trouvée par le corps à un moment donné, faute d’autres ressources pour se réguler.
Cela explique pourquoi :
- les injonctions à “arrêter” fonctionnent rarement,
- la culpabilisation renforce souvent le problème,
- la seule volonté ne suffit pas.
Tant que le système nerveux ne dispose pas d’alternatives internes pour s’apaiser, se contenir ou se stimuler autrement, l’addiction reste la solution la plus rapide et la plus efficace.
Pourquoi les approches psycho-corporelles sont particulièrement pertinentes
Les approches psycho-corporelles travaillent exactement là où l’addiction agit réellement :
- le système nerveux,
- la régulation émotionnelle,
- la sécurité dans le lien.
Plutôt que de lutter contre le symptôme, elles visent à rendre l’addiction inutile, en redonnant au corps des capacités qu’il a perdues ou jamais développées.
Entrer dans les outils thérapeutiques concrets
Travailler avec les addictions, ce n’est pas d’abord chercher à supprimer un comportement.
C’est changer la question de départ.
Si l’addiction est une tentative de régulation interne, la vraie question devient :
comment offrir au corps d’autres moyens de s’apaiser, de se réguler et de se sentir vivant ?
Restaurer la régulation avant de modifier le comportement
Beaucoup d’approches échouent parce qu’elles cherchent à modifier le comportement avant que le corps ne soit capable de tolérer ce changement.
Lorsque le système nerveux est :
- trop activé (stress, agitation, craving),
- ou au contraire effondré (vide, anesthésie, fatigue),
l’addiction reste la solution la plus efficace disponible.
Le premier objectif thérapeutique n’est donc pas l’arrêt, mais la restauration de la régulation.
Travailler directement avec le corps et les sensations
Les outils corporels permettent de :
- repérer plus tôt les signaux internes,
- augmenter la tolérance à l’inconfort émotionnel,
- retrouver une sensation de sécurité intérieure.
Quand le corps apprend qu’il peut ressentir sans être submergé, le besoin d’anesthésie ou de fuite diminue naturellement.
Désactiver les automatismes émotionnels
Certaines addictions sont déclenchées de manière quasi automatique par :
- une émotion,
- une situation,
- un souvenir,
- un état interne précis.
Des approches comme la stimulation bilatérale, les tapotements corporels ou le retraitement émotionnel (EMDR / RITMO) permettent de réduire l’intensité de ces déclencheurs.
Il ne s’agit pas de lutter contre l’envie, mais de désamorcer ce qui l’active à la source, afin de recréer un espace entre l’impulsion et l’acte.
Reconnaître la fonction de l’addiction
Un point essentiel du travail thérapeutique consiste à reconnaître que l’addiction a une fonction :
- protéger,
- calmer,
- remplir,
- activer.
Les approches comme l’hypnose ericksonienne, la thérapie brève ou le travail avec les parties en PNL permettent de dialoguer avec cette fonction, de la reconnaître sans la valider, et de proposer au corps des alternatives plus ajustées.
Lorsque l’intention est respectée, le symptôme peut évoluer.
Offrir des alternatives incarnées
Une addiction disparaît rarement dans le vide.
Elle se transforme lorsque d’autres ressources prennent progressivement sa place.
Le mouvement, la respiration, la danse, la relation consciente, la méditation, le yoga ou certaines pratiques corporelles relationnelles permettent de retrouver :
- du plaisir sans destruction,
- de l’intensité sans fuite,
- de la présence sans compulsion.
Le corps réapprend qu’il peut se calmer, se remplir et se sentir vivant autrement.
La sécurité émotionnelle : condition essentielle
Aucun outil ne fonctionne durablement sans sécurité émotionnelle.
Dans les parcours d’addiction, la relation thérapeutique devient souvent la première relation :
- stable,
- non jugeante,
- non intrusive,
- non addictive.
C’est dans ce cadre que la personne peut expérimenter :
- rester en lien sans se perdre,
- ressentir sans fuir,
- être accompagnée sans être contrôlée.
Un premier pas pour s’en sortir…
Les addictions ne se transforment pas par la contrainte ou la culpabilité.
Elles évoluent lorsque le corps retrouve des capacités fondamentales : ressentir, se réguler, être en lien et choisir.
Le rôle de l’accompagnant n’est pas de lutter contre l’addiction, mais d’aider la personne à reconstruire ces capacités, à son rythme, dans un cadre sécurisé.
C’est ce que j’observe quotidiennement dans ma pratique.
Si cet article résonne pour vous — que ce soit à titre personnel ou professionnel — il peut déjà constituer une première étape : celle de changer de regard, et parfois de s’autoriser à ne plus être seul face à ces mécanismes.
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